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Inde : énergie, décarbonation, déchets, eau et smart city

L’Inde accélère sa transition et investit massivement ; l’accord UE-Inde, une fois en vigueur, ouvrira son marché aux équipementiers européens
Inde : un marché en pleine transformation, et un accord UE-Inde qui ouvre la porte aux équipementiers européens
L’Inde vise la neutralité carbone en 2070 et 500 GW de capacité non fossile en 2030. L’État investit massivement dans l’énergie, l’eau, les déchets et la ville. En parallèle, l’accord de libre-échange avec l’UE, conclu en janvier 2026, doit supprimer une grande partie des droits de douane sur les équipements européens.
Chiffres clés
- Énergie : 54,9 % de capacité non fossile (304 GW sur 554 GW)
- Décarbonation : environ 490 sites soumis au marché carbone indien
- Déchets : 159 000 t/jour de déchets municipaux produits
- Eau : environ 80 Md€ de budget pour l’eau potable rurale
- Smart city : 1 095 km de métro en service dans 26 villes
- Accord UE-Inde : 48 % des lignes tarifaires indiennes à 0 % dès l’entrée en vigueur
1. Énergie : le non-fossile dépasse 55 % de la capacité, mais le charbon domine encore la production
L’objectif de 50 % de capacité non fossile en 2030 a été atteint dès juin 2025, et l’Inde a ajouté un record de 55 GW en 2025-26. Le charbon assure pourtant encore près de 70 % de la production d’électricité. Côté nucléaire, la loi SHANTI (décembre 2025) ouvre le secteur aux acteurs privés, avec un objectif de 100 GW en 2047. Depuis juin 2026, les appels d’offres publics solaires exigent des cellules fabriquées en Inde.
Le stockage et l’hydrogène avancent moins vite que les annonces. Sur le stockage par batteries, 10,4 GW ont été attribués mais seulement 1,8 GWh sont installés, alors que l’aide publique est multipliée par 10 (environ 92 M€). Pour l’hydrogène vert, la mission vise 5 Mt/an en 2030 avec environ 1,8 Md€, mais seuls 292 crore sur 19 744 étaient dépensés en août 2026.
2. Décarbonation : deux mécanismes de prix du carbone pèsent sur l’industrie
Le marché carbone indien (CCTS) fixe des objectifs d’intensité à 7 secteurs, soit environ 490 sites. Le mécanisme carbone aux frontières de l’UE (MACF) est en phase définitive depuis le 1er janvier 2026. Il touche environ 5,1 Md€ d’exportations indiennes, soit 8 % des exportations vers l’UE. L’Inde investit aussi dans le captage du carbone (environ 1,8 Md€ sur 5 ans) et a atteint l’éthanol E20 en 2025.
3. Déchets : un cadre réglementaire renforcé depuis avril 2026
Les nouvelles règles imposent le tri en 4 flux, et la responsabilité élargie du producteur (REP) couvre désormais 8 filières. L’Inde produit 159 000 t/jour de déchets municipaux, traités à environ 81 %. Les combustibles issus de déchets (CSR) doivent passer de 5 % à 15 % dans l’industrie en 6 ans, ce qui ouvre un marché pour les cimenteries. Le biogaz suit : 217 unités sont en service sur 1 908 enregistrées, avec un budget d’environ 2,2 Md€ sur 2026-2036.
4. Eau : du raccordement à la qualité de service
81,6 % des foyers ruraux ont l’eau courante, contre 17 % en 2019, et la mission (environ 80 Md€) est prolongée jusqu’en décembre 2028. Les programmes passent maintenant du raccordement à la qualité du service. Seules 28 % des eaux usées urbaines sont effectivement traitées. Les besoins portent sur la distribution continue, la détection des fuites, l’épuration, le dessalement et l’exploitation de grandes usines sur 15 à 20 ans. À noter que les contrats Namami Gange paient 60 % du montant sur 15 ans.
5. Smart city : le relais passe aux villes moyennes
La Smart Cities Mission (100 villes) est close, avec 96 % des projets achevés. L’Urban Challenge Fund, approuvé en février 2026, prend le relais : environ 9,2 Md€ d’aide fédérale pour viser environ 37 Md€ d’investissement. Le métro compte 1 095 km en service dans 26 villes, et le programme PM-eBus Sewa prévoit 10 000 bus électriques, dont 4 720 attribués en février 2026.
6. Accord UE-Inde : 48 % des lignes à 0 % dès l’entrée en vigueur
Les négociations ont été conclues le 27 janvier 2026 et l’accord a été proposé au Conseil de l’UE le 11 septembre 2026, mais il n’est pas encore en vigueur. Le droit moyen indien est de 17,1 % aujourd’hui. Il passe à 0 % sur 48 % des lignes dès l’entrée en vigueur, puis sur 86 % à terme.
Sont libérés dès le premier jour les modules solaires, le nucléaire, l’hydrogène, les voitures de métro, les caméras et 92 % des tubes en acier. Les transformateurs, électrolyseurs, pompes, compteurs et batteries suivent entre 6 et 11 ans plus tard. Les disjoncteurs haute tension, les locomotives électriques, les autobus et les camions sont exclus ou protégés. L’accord ne change ni les taxes intérieures (IGST), ni le MACF, ni les règles de contenu local.
7. Présence française
Les échanges de biens France-Inde ont atteint 15,8 Md€ en 2025 (-7,3 %), dont 6,6 Md€ d’exportations françaises. Les matériels électriques sont le 2e poste d’exportation, avec 476 M€. Côté entreprises, ENGIE, EDF, Schneider Electric, Air Liquide, Saint-Gobain, Veolia, Suez et Alstom sont déjà implantés, et l’AFD finance surtout des infrastructures urbaines.
Atouts
- Besoins massifs et financés par l’État dans tous les secteurs
- Baisse des droits de douane qui améliorera la compétitivité des équipements européens
- Base d’acteurs français déjà bien installés
Défis
- Retards d’exécution sur le stockage, l’hydrogène et les bus électriques
- Règles de contenu local et dépendance à la Chine pour le solaire (environ 70 % des équipements importés)
- Réseau saturé (20 GW de projets en attente de raccordement) et distributeurs publics en difficulté financière
- Villes aux ressources propres limitées et gouvernance éclatée entre État fédéral, États et municipalités
- Accord pas encore en vigueur, dont le calendrier reste à surveiller
Contact
CCI France Inde
Alexandre Paquot
alexandre.paquot(@)ifcci.org.in
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