Egypte

Egypte - Loi sur la microfinance : une chance pour le développement ?

L’Autorité des marchés financiers (EFSA) a rédigé un projet
de loi autorisant les entreprises à investir sur le marché
égyptien de la microfinance, où seules les ONG et quelques
banques opèrent pour l’instant. La nouvelle législation, qui doit
être votée bientôt par le Parlement, devrait permettre d’attirer
des financements.

L’Autorité des marchés financiers (EFSA) a rédigé un projet de loi autorisant les entreprises à investir sur le marché égyptien de la microfinance, où seules les ONG et quelques banques opèrent pour l’instant. La nouvelle législation, qui doit être votée bientôt par le Parlement, devrait permettre d’attirer des financements.

Une aubaine pour un secteur au fort potentiel de croissance, dans un pays où près de 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais certains acteurs mettent en garde contre le risque de perdre de vue la mission sociale du microcrédit.

Avec l’Egypte, la microfinance a trouvé un terrain idéal. Environ 30 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, le chômage touche près de 10% de la population active, et la majorité des Egyptiens travaillent dans le secteur informel. Malgré ces conditions « favorables », le marché du microcrédit n’en est encore qu’à ses débuts : certes, le nombre d’emprunteurs est passé de 550 000 en 2005 à 1,3 million en 2008 (source Sanabel), soit le nombre le plus important dans le monde arabe, mais ils ne représentent toujours qu’entre 10 et 20% des clients potentiels. « L’offre actuelle est très loin de satisfaire la demande », confirme Ranya Abdel Baki, directrice de Sanabel, un réseau de recherche et de formation au service des acteurs de la microfinance des pays arabes. Et même si des dérives ont été dénoncées ces dernières années, la microfinance reste un moyen souvent efficace de lutter contre la pauvreté endémique.

L’un des freins au développement du secteur est la difficulté, pour les institutions de microfinance (IMF), de trouver des financements. Quelques 270 IMF – des ONG –, six banques et deux entreprises – Reefy et Tanmiya, qui sous-traitent le travail de terrain pour des banques –, proposent des microcrédits aujourd’hui en Egypte. Depuis les années 1990, l’USAID était le principal financeur des IMF. Mais l’aide américaine en Egypte se réduit, et les IMF sont obligées de trouver de l’argent ailleurs. « Or elles ne sont pas autorisées à proposer des produits d’épargne à leurs clients, ce qui serait un moyen de s’autofinancer », rappelle Carole Servière, directrice régionale de l’ONG française PlaNet Finance. Cette activité sensible est réservée aux banques, qui de leur côté ne prêtent pas facilement aux IMF.

Pour tenter de résoudre ces problèmes, l’Autorité des marchés financiers (Egyptian Financial Supervisory Authority) a rédigé un projet de loi sur la microfinance, transmis au Parlement égyptien par le ministère de l’Investissement. Le texte devrait être voté d’ici la fin de l’année. L’idée principale est d’autoriser des entreprises privées à investir le marché, et donc à faire des profits, ce qui est interdit aux ONG. Un moyen d’attirer les investisseurs privés et d’obtenir plus facilement des prêts de la part des banques. « Des entreprises régionales ou internationales travaillant dans la microfinance ont déjà manifesté leur intérêt. L’élargissement de l’offre de microcrédits va être une aubaine pour les micro-entrepreneurs du secteur informel », souligne Ghada Waly, conseillère pour la microfinance auprès du président de l’EFSA.

La future loi a aussi pour objectif de réguler ce secteur économique, aujourd’hui peu contrôlé. Les IMF étant des ONG, elles tombent sous la tutelle du ministère de la Solidarité sociale, qui ne possède pas le personnel qualifié pour surveiller une ONG de microfinance. « Le manque de régulation est un vrai problème. Cela signifie qu’il n’y a pas de responsabilité juridique : si le client d’une IMF est floué, il peut difficilement réclamer son dû en justice », explique Amr Hassanein, président de FinBi, un cabinet de conseil financier. Le texte de loi prévoit ainsi d’accorder des permis temporaires aux entreprises de microfinance, qui devront les faire renouveler tous les deux ou trois ans. « Les nouvelles entreprises devront par exemple faire savoir comment leurs taux d’intérêt ont été calculés. Le coût de chaque prêt devra être approuvé par le régulateur », précise Ghada Waly.

Malgré tout, certains acteurs du marché craignent que la commercialisation de la microfinance n’entraîne une dérive par rapport à sa mission sociale initiale. « Certains investisseurs vont arriver sur le marché avec pour seule ambition de faire des affaires », s’inquiète Carole Servière. Et de citer l’exemple marocain, où une autre offre trop abondante et mal régulée a conduit à un surendettement massif des emprunteurs et à une crise du secteur. La mise en place d’un « credit bureau » regroupant les informations clients des entreprises de microfinance devrait permettre d’éviter ce scénario. « Les IMF égyptiennes s’adressent pour l’instant à des gens très pauvres – les femmes notamment, qui représentent 60% des clients », rappelle Ranya Abdel Baki. Difficile de savoir aujourd’hui si les nouvelles entreprises de microfinance accorderont la même attention à ces très petits emprunteurs, pas forcément très rentables.

Article rédigé par Nina Hubinet


Consulter le dossier complet consacré à la loi sur la microfinance :

<doc873|center>
---------------------------------------------------------------------------------- <img874|left>Article issu de "L'Antenne", Septembre 2010.
Une publication de la Chambre de Commerce Française en Egypte.


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