Japon

Japon - Anatomie d'une démographie

{{La démographie est la plaie du Japon contemporain.
Elle hypothèque son dynamisme, sa compétitivité,
sa richesse. Quelles seront les conséquences du
vieillissement de la population ?}}

La démographie est la plaie du Japon contemporain. Elle hypothèque son dynamisme, sa compétitivité, sa richesse. Quelles seront les conséquences du vieillissement de la population ?

Il n’y a plus d’enfance

« Le plus grand problème du Japon, c’est la dénatalité ». C’est avec cette phrase que Seiji Maehara, ministre des Transports et de l’Aménagement du Territoire, étoile montante du Parti Démocrate du Japon, au pouvoir, a accueilli Anne-Marie Idrac lors de sa visite à Tokyo il y a quelques semaines. La secrétaire d’État au commerce extérieur française était venue parler transports. « On ne s’attend pas a priori à ce qu’un ministre des Transports – je l’ai été moi-même – vous parle de dénatalité la première fois qu’on le rencontre », raconta-t-elle, surprise, au sortir de son entrevue lors d’un petit déjeuner de la CCIFJ.
Seiji Maehara a raison de se faire des cheveux blancs. La démographie est le premier défi du Japon contemporain. Le problème n’est pas nouveau : le taux de fécondité du Japon est passé sous le seuil de 2,08 enfants par femme dès 1972, seuil (dit de renouvellement des générations) en-dessous duquel une classe d’âge n’est pas remplacée. Il a atteint un plus-bas historique en 2005 de 1,26 enfant par femme et, depuis, s’est légèrement redressé grâce à l’arrivée à l’âge adulte du « second baby boom » de la fin des années 70. Derrière cet affaissement progressif, on trouve la chute du nombre de mariages au Japon, selon une récente et passionnante étude de Crédit Suisse. Les Japonais et Japonaises demeurent favorables à la notion du mariage ; mais ils (elles) trouvent en majorité que les inconvénients du mariage surpassent désormais ses avantages. Ça n’est pas une question financière. Les Japonaises en particulier refusent, avec raison, de céder sur leur liberté, sur leur carrière, sur le temps libre qu’elles se sont ménagées comme célibataire. Elles sont, tout simplement, logiques. D’autre part, le désir d’enfant n’a pas disparu dans la modernité : un récent sondage montre que les Japonaises placent le nombre « idéal » d’enfants au-dessus du nombre « visé » d’enfants, ce qui signifie qu’une fois encore, ce sont des contraintes extérieures (dans ce cas essentiellement financières) qui les retiennent. L’équilibre semble atteint à 3 : les mères de 3 enfants souhaitent en avoir 3. C’est aussi, évidemment, le troisième enfant qui franchit le seuil de renouvellement des générations de 2,08 enfants par femme. À noter que si les mères d’1 enfant souhaitent en avoir 2, les mères de plus de 4 enfants souhaitent en avoir moins !

Un vieux problème

Le problème a été officiellement reconnu par les gouvernements précédents. La nomination d’un ministre chargé spécialement de la question de la dénatalité, généralement une femme dépourvue de budget et de moyens humains, n’a pas convaincu de la sincérité des gouvernements successifs. Et la société n’a pas changé. Une femme ne peut que très difficilement concilier emploi et maternité dans le Japon contemporain. 70% des femmes employées dans les PME cessent de travailler dès leur premier enfant et ne recommencent que vers 45 ans, en général dans des positions subalternes, estime Kuniko Inoguchi, ancien ministre pour l’égalité des sexes. Un quart des hommes salariés travaille plus de 60 heures par semaine, ce qui leur laisse peu de temps pour profiter de leurs enfants.
Yukio Hatoyama a fait de la relance de la natalité la pierre angulaire de son programme électoral lors de son élection. Il a promis d’allouer 26.000 yens par mois et par enfant (13.000 yens dès 2010, puis 26.000 yens à partir de l’année suivante). « Construisons un pays dans lequel les familles n’ont pas à abandonner leur rêve d’avoir et d’éduquer des enfants pour des raisons financières, n’ont pas à abandonner leur emploi pour les élever, et dans lequel tous ceux qui ont un idéal peuvent recevoir une éducation de qualité », a-t-il dit lors de son premier discours à la Diète. Plus facile à dire qu’à faire tant les mécanismes de la natalité sont mystérieux. En France, le baby-boom n’a pas eu lieu après la guerre, dans une période de liesse, mais en 1943, aux pires heures de l’occupation allemande. « La fécondité, c’est le grand mystère. Quand on regarde les courbes de population, elles se parent d’un bla-bla scientifique. Mais la vérité est que si on pouvait expliquer pourquoi les hommes font des enfants, cela voudrait dire qu’ils ont compris le sens de la vie et d’autres problèmes métaphysiques qui ne sont pas à notre portée », estime le démographe Emmanuel Todd, récemment en visite au Japon.

Télécharger l'article complet :

<doc539|center>

<doc540|left>Un article issu de France Japon Eco n°121, une publication de la Chambre de Commerce et d’Industrie française du Japon.

CCIFJ
Contact : Noriko Ninomiya
Tel : 81 (0)3-3288-9642
@ : [n.ninomiya@ccifj.or.jp->n.ninomiya@ccifj.or.jp] – Site : www.ccifj.or.jp

Plus de notes sectorielles