Chine

Quel nouveau modèle de croissance pour la Chine?

L’économie chinoise va continuer de croître, mais elle va le faire moins vite, dans le cadre d’un nouveau modèle économique. Analyse de Françoise Lemoine du CEPII pour Connexions et la CCIFC.

L’économie chinoise va continuer de croître, mais elle va le faire moins vite, dans le cadre d’un nouveau modèle économique : c’est désormais le cap que se sont fixées les autorités chinoises, en accord avec la Banque mondiale.

L’industrie manufacturière, qui a été le principal moteur de la croissance économique chinoise depuis trois décennies, connait un net ralentissement depuis le début de l’année 2012. D’abord pour des raisons conjoncturelles. D’une part, la demande est faible dans les principaux marchés étrangers de la Chine et les exportations chinoises n’ont augmenté que de 7.4% au cours des neuf premiers mois de 2012, trois fois moins vite qu’en 2011 (+22.7% au cours de la même période). Les exportations vers l’Union européenne ont reculé de près de 6%. Or les exportations absorbent environ un quart de la production industrielle chinoise, et cette proportion est beaucoup plus élevée dans des secteurs comme l’électronique et le textile. D’autre part, à l’intérieur du pays, les mesures prises par le gouvernement pour dégonfler la bulle immobilière ont conduit à un tassement de l’activité du bâtiment, qui s’est répercuté sur les productions des industries en amont (ciment, verre, acier).

Une nouvelle donne sociale

Par ailleurs, l’industrie manufacturière chinoise fait face aussi à la nécessité d’ajustements structurels. Depuis le milieu des années 2000, les salaires des ouvriers progressent plus vite que la productivité du travail et la Chine n’est plus désormais le pays où les coûts salariaux sont les plus bas. Dans ces conditions, les entreprises exportatrices de produits à forte intensité de main d’œuvre ont différentes stratégies : elles transfèrent leurs productions dans les provinces de l’intérieur où les salaires sont moins élevés, ou elles investissent pour gagner en productivité, ou enfin elles délocalisent leurs productions dans des pays à moindre coûts. La hausse des salaires tient en partie à des facteurs institutionnels : le système du hukou freine l’émigration rurale en rendant très difficiles les conditions de vie des migrants dans les villes ; mais elle correspond aussi au tournant démographique qui s’amorce en Chine. Depuis 2010, la population en âge de travailler (de 15 à 60 ans) a cessé d’augmenter et les effectifs des catégories les plus jeunes (15-24 ans) ont déjà commencé à diminuer. Cette évolution n’en est qu’à ses dé- buts et la population d’âge actif va diminuer de 65 millions au cours des vingt prochaines années. La hausse des coûts salariaux constitue ainsi une tendance de long terme, et l’industrie chinoise devra cesser de miser sur la compétitivité-prix et jouer la montée en gamme. C’est ce qu’ont fait, en leur temps, des pays comme le Japon, Taiwan ou Hongkong. Ce tournant démographique devrait aussi se traduire par une croissance économique plus lente que par le passé. La Chine a besoin de créer moins d’emplois que lorsque la main d’œuvre augmentait de 12 millions par an comme ce fut le cas entre 1980 et 2010. Cette nouvelle situation du marché du travail explique pourquoi le ralentissement actuel ne s’accompagne pas d’une notable aggravation du chômage. La croissance économique au cours des 9 premiers mois de 2012 (7.7%) rejoint celle que prédisent la plupart des scénarios à long terme (autour de 7.5% par an d’ici 2030). Pour maintenir ce rythme qui demeure relativement élevé, alors même l’environnement international n’est plus porteur, la Chine devra s’appuyer davantage que par le passé sur sa consommation intérieure. Les statistiques officielles montrent que celle-ci tombée à un niveau exceptionnellement bas (48% du PIB en 2010). Certes, ces données sous-estiment vraisemblablement les dépenses réelles des ménages (au titre du logement et des services notamment), mais la consommation a été incontestablement le maillon le plus faible de la croissance ces dix dernières années. Pour rééquilibrer l’économie, il faudrait que les tendances observées depuis la fin des années 1990 s’inversent, c’est-à-dire que les revenus de la population augmentent plus vite que le PIB et que les ménages baissent leur taux d’épargne, qui est très élevé (les ménages urbains épargnent en moyenne 35% de leur revenu). A coté de la hausse des salaires, l’augmentation des dépenses publiques pour l’éducation, la santé, la protection sociale, le logement, devrait contribuer à augmenter le pouvoir d’achat des ménages. Ce ne sont pas les ressources budgétaires qui manquent mais surtout les canaux institutionnels d’allocation de ces ressources, dont la mise en place prend du temps.

Une nécessaire meilleure répartition des richesses

La société chinoise devient majoritairement urbaine, puisqu’en 2030, 70% de la population devrait vivre dans les villes. Cette urbanisation joue, en principe, en faveur de l’amélioration du niveau de vie dans la mesure où les habitants des villes ont un revenu en moyenne trois fois supérieur à celui des ruraux. Encore faut-il que les nouveaux urbains soient intégrés dans les systèmes sociaux des villes, aient accès au logement, aux services sociaux et éducatifs. Actuellement, la majorité des 250 millions de migrants ont des conditions d’existence (statut précaire et mauvais logements en particulier) qui les conduisent à épargner encore plus que les citadins. Pour que le ralentissement de la croissance soit socialement et politiquement acceptable, il faut que ses fruits soient plus équitablement répartis, que la qualité prenne le pas sur la quantité. Le rapport conjoint de la Banque mondiale et du Development Research Center de Pékin, publié au début de cette année, a amplement décrit les composantes d’une stratégie de développement durable et les réformes qui devraient assurer une croissance rééquilibrée en faveur de la consommation, moins centrée sur l’industrie et davantage sur les services. Ce rapport a été endossé par celui qui devrait devenir le nouveau premier ministre en 2013 (Li Keqiang). Il faudra une forte volonté politique pour infléchir le mode de croissance, redresser les distorsions de prix pour modifier les comportements qui sont au cœur des déséquilibres (bas coûts du capital et du travail), et favoriser des modes de production et de consommation économes en énergie et ressources naturelles. Cela ne se fera pas en un jour. Ces changements auront des conséquences sur les relations de la Chine avec le reste du monde. Elle deviendra moins attractive pour les investissements directs étrangers à la recherche d’une base de production à bas coût (atelier du monde); mais les entreprises étrangères qui veulent répondre à la demande locale, celle des consommateurs comme des entreprises, devront plus que jamais être présentes sur place. Révélant des ajustements en cours, les flux d’IDE à destination de la Chine sont en baisse et les montants investis dans les services ont dépassé ceux destinés à l’industrie. Quant aux investissements des entreprises chinoises à l’étranger, leur essor est une tendance de fond et ils sont en passe de rattraper, par leur montant, les investissements étrangers en Chine.

Françoise Lemoine, économiste senior au CEPII
Extrait du magazine "Connexions" de la CCI Française en Chine

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