Corée du Sud

Pourquoi il ne faut pas sous-estimer la Corée

Philippe Li, le président de la chambre de commerce franco-coréenne analyse les points forts de l’économie coréenne, dévoilés par l’annonce du contrat nucléaire des Émirats arabes unis.

Philippe Li, le président de la chambre de commerce franco-coréenne analyse les points forts de l’économie coréenne, dévoilés par l’annonce du contrat nucléaire des Émirats arabes unis.

Pourquoi il ne faut pas sous-estimer la Corée L’annonce de la sélection du consortium sudcoréen pour la construction de quatre centrales nucléaires aux Émirats arabes unis a fait l’effet d’une bombe pour beaucoup. Comme c’est souvent le cas en matière sportive lorsqu’une équipe nationale subit un revers, on s’en prend aux joueurs de son équipe (en l’occurrence, le consortium formé par Areva, EDG et GDF Suez) avant de reconnaître les mérites de son adversaire. Alors que ses atouts sont souvent mésestimés, la Corée du Sud, treizième puissance économique mondiale, est emblématique de ces pays émergents qui rattrapent à pas de géant leur retard sur les grandes puissances. Au-delà de ce contrat, il y a peut-être pour la France et ses entreprises des enseignements à tirer de cette expérience. Alors qu’il était l’un des pays les plus pauvres de la planète dans les années 1960, ce pays a multiplié par 243 son PIB par habitant en trente-huit ans. Concentration et dirigisme économique lui ont permis, comme à d’autres, de se focaliser sur des secteurs érigés comme des priorités nationales, d’où l’émergence de champions japonais, coréens et bientôt chinois dans l’électronique, l’automobile ou les chantiers navals. Depuis longtemps, de nombreuses entreprises coréennes et asiatiques ont été capables de discerner les secteurs recélant les plus gros potentiels d’avenir : actuellement les écrans à cristaux liquides ou la téléphonie mobile, demain sans doute les énergies renouvelables ou les biotechnologies.

On travaille également beaucoup plus en Asie qu’en Europe ; plus de 2 100 heures de travail par an en moyenne en Corée du Sud quand on ne dépasse pas 1 400 ou 1 500 en France. Ajoutons à cela la vitesse d’exécution dont savent faire preuve les Asiatiques. Les Coréens ont notamment tiré de leur situation récente de précarité un esprit de résilience constant. Cela se traduit au quotidien par une volonté exacerbée de dépasser ses concurrents, une mise sous pression poussant à agir dans une forme d’urgence. Les Coréens n’appellent pas cela du suractivisme ; c’est leur manière d’être compétitifs. Ainsi, le processus de fabrication de cigarettes ou de produits cosmétiques entre la conception et la mise sur le marché prend deux fois moins de temps en Corée du Sud que dans la plupart des pays européens. En outre, travailler vite et bien ne suffit pas. L’environnement social pousse sans cesse à l’émulation. Progresser et se dépasser est véritablement une condition de survie pour chacun, d’où le nombre important de salariés optant pour des cours du soir sans que l’entreprise contribue nécessairement à leur financement. La vie collective est également ancrée dans les moeurs et la culture de chacun. On apprend aux gens à travailler ensemble dès leur plus jeune âge parce que le fonctionnement de la société repose sur le groupe. Lorsqu’un projet est considéré comme un enjeu national aux yeux du monde extérieur, la mobilisation est totale, qu’il s’agisse d’un contrat nucléaire ou de l’organisation du G20, qui se tiendra à Séoul au mois de novembre prochain. Chaque échéance est l’occasion pour le pays de se fixer des défis et de progresser.

Et la France dans tout cela ? Par son histoire, sa vision et ses valeurs, la France est peut-être le pays le plus globalisé au monde, mais elle donne parfois l’impression de l’avoir oublié. À l’étranger, elle donne parfois l’image d’un pays morose, replié sur lui-même, essentiellement préoccupé par des considérations hexagonales, alors que d’autres pays ne cessent d’évaluer leur compétitivité, de « benchmarker » les autres puissances et sont obnubilés par la course à la performance mondiale.

Aujourd’hui, ce sont ces pays que l’on appelle encore émergents qui fixent les règles du marché international, car ils sont dotés des entreprises les plus agressives et les plus conquérantes sur les marchés extérieurs. Ils consacrent des efforts considérables à la recherche et au développement (la Corée y a investi 29 milliards de dollars en 2008).

<img366|right> Prendre la mesure de ces pays, c’est également être plus présent sur leurs marchés pour y trouver des débouchés commerciaux, mais également s’y enrichir et y développer des alliances industrielles et technologiques. Certaines entreprises françaises ont fort opportunément compris le potentiel et l’avantage que pouvaient apporter des partenariats de cette nature, car les avantages peuvent être doubles : recherches conjointes et développement de marchés en commun.

Article issu du journal le Figaro du 4 janvier 2010

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