Mexique

Où en est le Mexique après les dernières élections présidentielles ?

Andrés Manuel López Obrador a remporté les élections présidentielles mexicaines avec plus de 53% des votes. La lutte contre la corruption et la criminalité, l’aplanissement des inégalités et la gestion des relations diplomatiques avec Donald Trump seront les clefs du succès de son mandat.

Le premier juillet dernier, le favori des sondages Andrés Manuel López Obrador (dit AMLO), a remporté les élections présidentielles mexicaines avec plus de 53% des votes. Il s´agit d´une rupture dans la vie politique mexicaine dominée depuis plus de 70 ans par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti d´Action National (PAN). Les attentes de la population autour de l’élection de Morena (Parti de Rénovation nationale), le parti d´AMLO, sont très importantes tant les défis qui affectent la société mexicaine ont atteint des sommets inégalés. La lutte contre la corruption et la criminalité, l’aplanissement des inégalités et la gestion des relations diplomatiques avec Donald Trump seront les clefs du succès du mandat de López Obrador.

Un changement radical dans le paysage politique mexicain

AMLO, ancien maire de la ville de Mexico (2006-2012) a remporté les élections mexicaines au bout de sa troisième campagne présidentielle consécutive. La victoire de Morena est historique pour le Mexique. C´est la première fois qu´un parti politique positionné à gauche et différent du PRI (centre) et du PAN (droite) remporte une élection présidentielle.
Le triomphe d´Obrador est remarquable puisqu´il est le président ayant reçu le plus de votes de toute l´histoire des élections mexicaines. Ce succès d´AMLO s´explique par la fatigue des mexicains face à la corruption institutionnalisée des partis politiques traditionnels. Il est encore trop tôt, à l´heure actuelle, pour considérer les suffrages en faveur d´AMLO comme des votes d´adhésion à son projet et non comme de simples votes sanction contre le gouvernement du président Peña Neto.
En outre, la jeunesse a joué un rôle central dans cette élection. Pour rappel, 14 millions de personnes ont voté pour la première fois parmi les 89 millions d’électeurs. Ces derniers n´ont pas été influencés par l´ancienne réputation « révolutionnaire » d´AMLO qui avait pu freiner une partie de ses potentiels soutiens lors des élections précédentes.
La victoire de Morena, pour les plus grandes élections jamais organisées au Mexique (1 président, 8 gouverneurs d´Etat et l’ensemble du Congrès), remet totalement en cause les relations publiques/privées. Les interlocuteurs, tant au niveau fédéral qu’au niveau local, vont changer. C’est l’ensemble de l’administration mexicaine qui sera renouvelée. Ceci peut potentiellement provoquer une perte d’efficacité et de savoir-faire pendant quelques mois.

Enfin, le PRI le parti politique au pouvoir depuis plus de 70 ans, vient de connaitre la pire défaite de son histoire avec moins de 10 millions de vote obtenus. Son avenir, face à des divisions internes de plus en plus importantes, laisse planer beaucoup d’incertitudes.


Des promesses et des interrogations

AMLO entend concentrer ses premiers efforts sur la lutte contre la corruption, principal sujet de cette élection. Pour mémoire, le Mexique occupe la 138ème place du classement de Transparency International relatif à la corruption. A ce titre il est probable que certains responsables soient sanctionnés, tant dans le secteur privé que dans le secteur public.
Durant sa campagne présidentielle, Obrador a adopté des postures particulièrement pragmatiques. Il est revenu sur certaines de ces mesures phares afin de faire la paix avec le monde entrepreneurial et rassurer les investisseurs étrangers. La révision des contrats pour la construction du nouvel aéroport et non plus son annulation ou encore sa volonté de respecter l´indépendance de la Banque Centrale en font partie.
Pour autant, sa volonté de remettre en cause la réforme éducative et énergétique perdure. De même, son désir de diversifier les partenaires commerciaux du Mexique, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de son voisin américain reste également inchangé. Par exemple, le nouveau président ne modifiera pas le traité modernisation du TLUEM (accord de libre-échange entre le Mexique et l´UE) signé en Juin dernier.
La relation qu´entretiendra AMLO avec Trump est une autre interrogation déterminante pour le futur du Mexique. La renégociation du traité de libre-échange (ALENA) pourrait être compromise si les dirigeants ne parviennent pas à s´entendre. Enfin, le nouveau président souhaite rendre le Mexique auto-suffisant tant au niveau de la production alimentaire qu´énergétique.

Une réussite démocratique

Cette élection a été un vrai succès démocratique pour le pays. Les trois opposants d´AMLO ont rapidement reconnu leurs défaites, le taux de participation a été particulièrement élevé (plus de 65%) et on dénombre peu de fraudes. Obrador dispose de la majorité absolue au congrès, ce qui lui offre une marge de manoeuvre considérable et notamment le pouvoir de modifier la constitution.
Cependant, le parti présidentiel – l’alliance Morena (« Ensemble, nous ferons l’histoire ») – s’est allié pour ces élections avec le PES (parti de la rencontre sociale), un parti proche des milieux religieux évangéliques et le PT (parti des travailleurs) un parti d’extrême gauche. Ces derniers restent divisés sur de nombreux thèmes économiques et sociétaux, ce qui pourrait entraver à moyen terme cette union sacrée. Enfin, légitimée par la victoire d´Obrador, la base populaire mexicaine devrait davantage s´investir dans des mouvements sociaux en vue de satisfaire ses attentes de changements.

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Pour aller plus loin télécharger ci-dessous l'interview de la CCIF Mexique issu du magazine Échanges Internationaux :