Maroc

Le Maroc fait preuve de vision

Face à la nouvelle donne mondiale, le premier partenaire du Royaume entend
bien maintenir sa position et met l’accent sur la qualité du relationnel entre les
deux pays

Face à la nouvelle donne mondiale, le premier partenaire du Royaume entend bien maintenir sa position et met l’accent sur la qualité du relationnel entre les deux pays

Bruno Joubert, Ambassadeur de France au Maroc

Le contexte des relations franco-marocaines, il faut le reconnaitre, est très original. Nous sommes en train de défendre un prix d’excellence ». Bruno Joubert, Ambassadeur de France au Maroc, a dressé un tableau remarquable des relations entre Paris et Rabat à l’occasion d’un forum organisé le 17 juin dernier à la Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc. Premier partenaire commercial, premier investisseur, la France maintient son leadership économique dans le Royaume. « C’est presque caricatural, ça nous vaut d’ailleurs des caricatures, des espèces de coups de griffes dans les journaux », reconnait Bruno Joubert. Les relations entre les deux pays s’appuient sur un socle solide et ancien. La France déploie par exemple dans le Royaume un réseau consulaire (consulats, instituts, collèges) plus important que dans n’importe quel autre pays du monde. « Ce n’est pas parce que nous sommes dans la survivance, se défend l’Ambassadeur, c’est tout simplement parce qu’il y a quelque chose qui vit et que nous devons entretenir ».

Ouverture du Royaume
Sur le terrain économique, la montée en puissance des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et une concurrence européenne - notamment espagnole - de plus en plus poussée viennent pourtant modifi er la donne. « Ceux qui ne connaissent pas le Maroc le voit toujours dans une sorte de relation univoque mais c’est fi ni, ça n’existe plus ». Le Royaume lui-même a choisi l’ouverture et tire désormais avantage d’accords passés avec les Etats-Unis, l’Union européenne, la Turquie ou encore avec ses voisins arabes à travers l’accord d’Agadir. Les grandes réformes lancées par le Maroc, avec un rythme qui s’est nettement accéléré ces dix dernières années, ont également chamboulé les certitudes françaises. « Ca nous impressionne. Aujourd’hui, nos chefs d’entreprises et nos hommes politiques sont un peu perdus », assure Bruno Joubert.

Pour autant, l’ancienne puissance coloniale bénéfi cie toujours au Maroc de liens politiques, économiques et culturels privilégies. « Peu de pays sont aussi bien disposés l’un envers l’autre », note l’Ambassadeur. Concernant le renforcement du lien politique, ce dernier met en avant l’excellence des relations franco-marocaines « à tous les étages ». D’abord au niveau des chefs d’Etat : « je ne crois pas trahir de secrets en disant que la qualité, la confi ance et les liens personnels sont là ». Mais aussi à l’échelle gouvernementale - avec plus d’une dizaine de visites ministérielles au Maroc ces huit derniers mois - et aux niveaux parlementaire, régional et local. La « Rencontre à haut niveau » qui s’est tenue le 2 juillet à Paris autour des deux premiers ministres, François Fillon et Abbas El Fassi, illustre une nouvelle fois la qualité de cette relation politique bilatérale.

Exécutif à deux têtes
Bruno Joubert met également en avant la grande proximité entre les deux pays en termes de conception politique (« le rôle de l’Etat, l’intégrité territoriale, la centralité du pouvoir ») et de mode de fonctionnement de l’Etat. Les deux systèmes politiques ne sont pour lui que « sensiblement différents ». « Je fais très souvent le parallèle avec les institutions françaises, l’exécutif à deux têtes, dont l’une est plus puissante que l’autre, c’est la relation entre notre président et notre premier ministre. Or je constate qu’ici je retrouve des schémas d’explication et de fonctionnement qui ne me mettent pas du tout mal à l’aise parce qu’ils sont exactement ceux que je connais ».

L’Ambassadeur a également relevé les quelques points de blocage qui pourraient obscurcir un tant soit peu le ciel franco-marocain. « N’y a-t-il pas des choses comme le socle commun de la langue, la qualité de l’éducation, la qualité de la justice, qui sont des problèmes qui vont devenir pour nous plus forts ? Nous y sommes attentifs les uns et les autres, et je crois que le Maroc fait de grands efforts de ce point de vue là aussi ».

La « dimension humaine »
La relation entre la France et le Maroc tient aussi aux liens tissés entre les hommes et les femmes des deux pays. « Cette dimension humaine est extraordinairement importante, c’est elle qui apporte cette richesse et cette diversité ». Entre 900 000 et 1,2 million de Marocain(es) vivent aujourd’hui dans l’Hexagone, formant ainsi la plus importante communauté de France. « Et elle continue de progresser », souligne l’Ambassadeur. La politique migratoire française mise en place ces dernières années, qui rend l’obtention de visas plus compliquée, plus longue et plus coûteuse, est pourtant pointée du doigt par de nombreux Marocains. Mais Bruno Joubert botte en touche : « je crois que c’est très largement un malentendu dans le sens où tous ceux qui veulent aller en France aujourd’hui obtiennent leur visa. Je crois qu’on a un taux de chute qui reste pas loin des 90 % d’acceptation, du moment que les conditions sont remplies ».

Au Maroc, ce sont 80 000 Français permanents qui sont installés, auxquels il faut ajouter près de 1,5 million de touristes qui visitent le Royaume chaque année. La communauté française elle aussi continue de progresser. « Nous avons constaté un accroissement sur Casablanca de 3000 enfants français supplémentaires dans nos écoles », indique l’Ambassadeur. Là encore, le sujet des écoles françaises fait polémique dans le Royaume : flambée des prix, pression sur l’offre disponible, système « aléatoire » de répartition des places, etc. « Nous avons sans arrêt des Français qui arrivent et en même temps vous ne voulez pas que ce système, qui est à 30 000 élèves aujourd’hui, passe un jour à 100 000 ! Qu’est-ce que ça voudrait dire un système éducatif français au Maroc de 100 000 élèves ? C’est insupportable politiquement ».

Un appui diplomatique de taille
La France est le principal allié du Royaume sur la scène internationale. Au niveau européen d’abord, Bruno Joubert rappelle que le statut avancé accordé au Maroc a été obtenu grâce aux efforts de Nicolas Sarkozy en 2008 et la France poursuit son action de lobbying. « Nous continuons, discrètement mais fermement, de morigéner parfois nos partenaires européens pour qu’ils se montrent plus compréhensifs des réalités du Maroc ». Dans le cadre de la politique de voisinage, qui revient sur le devant de la scène européenne en ces temps de crise, la France pèse également de tout son poids afin de maintenir le ratio « 1/3, 2/3 » en terme d’aides financières : 1/3 pour l’Europe de l’est, 2/3 pour les pays du sud de la Méditerranée. Enfin, concernant le conflit au Sahara occidental, priorité de la diplomatie marocaine, Bruno Joubert réitère le soutien sans faille de la France : « Nous ne ménageons aucun effort pour soutenir le Maroc dans ses efforts de règlement pacifi que de cette affaire qui n’a que trop duré. Nous voyons les choses de manière très simple : pour nous, la proposition marocaine d’autonomie, sérieuse et crédible, est celle qui doit permettre d’aboutir à un règlement de cette affaire. Nous serons à vos côtés comme nous l’avons été au moment du débat de New-York et nous ne fléchirons pas ».

Christophe Guguen

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<img895|left>Un article issu du magazine Conjoncture n°917, juillet/aout 2010
Une publication de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc.

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