Le déficit du commerce extérieur bat un nouveau record en 2011

A 69,6 milliards d'euros, le trou se creuse. Pierre Lellouche, secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, admet une situation «délicate» mais assure que les réformes commencent à porter leurs fruits.

A 69,6 milliards d'euros, le trou se creuse. Pierre Lellouche, secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, admet une situation «délicate» mais assure que les réformes commencent à porter leurs fruits.

Interview réalisé par Marie VISOT pour le FIGARO, le 06/02/2012

LE FIGARO.-Vous présentez mardi matin les résultats 2011 du commerce extérieur français. Quel est le bilan?

Pierre LELLOUCHE. - Avec un déficit commercial qui atteint 69,6 milliards d'euros en 2011 (après 51,4 milliards en 2010), le bilan est moins mauvais qu'anticipé. C'est en effet 5,5 milliards de moins que le chiffre que nous évoquions encore cet été. Cela ne veut pas dire que nous sommes satisfaits ; la situation reste délicate et doit interpeller tout le monde, à droite comme à gauche. Malgré une tendance à l'amélioration depuis trois trimestres, on ne peut que déplorer la situation quand on se compare avec l'Allemagne, dont l'excédent commercial devrait atteindre 157 milliards en 2011.

Quelles ont été nos forces et nos faiblesses dans les échanges mondiaux l'an dernier?

En 2011, nos importations ont augmenté de 11 %, à 498 milliards. Dans le même temps, plus de 117.000 entreprises ont vendu leurs produits à l'étranger, un chiffre stable par rapport à 2010. Nos exportations ont augmenté de 8,6 %, à 429 milliards d'euros - ce qui permettra de créer 90.000 emplois cette année. Nous avons cessé de perdre des parts de marché dans le monde, notamment grâce à la croissance des émergents. Mais nous sommes encore trop peu présents sur ces terrains-là. Nos ventes vers les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne représentent que 7 % du total de nos exportations - contre 12 % des exportations allemandes. Nous avons eu l'an dernier un déficit record avec la Chine, de 27,2 milliards d'euros. Quant à la facture énergétique, elle s'élève à 62 milliards.En revanche, nous pouvons être satisfaits de la bonne marche de certains secteurs: l'agroalimentaire connaît un excédent historique de 11,4 milliards. L'aéronautique dégage aussi un excédent de 17,7 milliards, grâce à la vente de 534 Airbus.

Les grands contrats, justement, ne sont-ils pas en train de devenir notre seule force?

Ce n'est pas la seule, mais c'est une de nos forces. L'implication personnelle du président de la République n'y est évidemment pas pour rien. Les grands contrats ont augmenté l'an dernier de 36 % par rapport à 2010, pour un montant total de 28,4 milliards d'euros. Nous progressons dans beaucoup de pays, les entreprises françaises ont remporté des marchés importants en matière de ventes d'avions, d'armes et d'infrastructures. Je pense notamment à la société Poma qui vient d'inaugurer un téléphérique à Rio de Janeiro au Brésil, ou aux 44 Airbus A 320 qui ont été vendus récemment à la compagnie mexicaine Volaris. Sans parler du métro de Belgrade, ou encore des centrales à gaz construites en Irak. Et nous sommes actuellement en négociation pour l'installation de deux EPR en Inde. Depuis cinq ans, la France a signé près de 131 milliards de grands contrats, ce qui est mieux que tout ce qui a été réalisé pendant les sept années précédentes.

La compétitivité des produits français est-elle vraiment un handicap?

Évidemment! Le coût du travail, c'est la base de tout. Avoir un différentiel de 10 % avec l'Allemagne, ce n'est pas tenable. Pas plus qu'il n'est normal que les grands groupes français investissent deux fois plus à l'étranger que leurs homologues outre-Rhin. Du coup, la balance commerciale de notre secteur automobile est déficitaire! L'enjeu, c'est de se remettre à produire en France. Les réformes de structures sont primordiales. D'ailleurs, c'est grâce à celles qui sont mises en œuvre depuis cinq ans (montée en puissance d'Ubifrance, d'Oséo, suppression de la taxe professionnelle, régionalisation du FSI, politique de filières…) que notre situation commence à se redresser.

À votre arrivée, vous avez décrété la mobilisation générale des services de l'État pour l'export. Où en êtes-vous? Il faut un peu de temps. Nous sommes en train de mettre en place un guichet unique pour les PME dans chaque région et tout le réseau est mobilisé. L'objectif est d'avoir les yeux rivés sur la demande de nos clients, de cibler notre offre. Nous avons la recette pour faire revenir notre balance commerciale à l'équilibre en l'espace de cinq ans: il faut doubler le rythme de croissance de nos exportations vers les pays émergents. C'est notre objectif!

Crédits photo : Sébastien SORIANO/Le Figaro

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