La politique énergétique suisse à la croisée des chemins

Jean-Noël Rey, a. conseiller national - Vice-Président de la Chambre France Suisse pour le Commerce et l'Industrie : Le choc de Fukushima a accéléré la prise de conscience dans les pays industrialisés, de la nécessité de changer les paramètres de la politique énergétique, véritable moteur de la croissance économique.

Mais finalement Fukushima n’a été qu’un accélérateur d’un processus déjà en marche. La décision de sortir du nucléaire est certes spectaculaire, mais à l’échelle planétaire, c’est l’épuisement des ressources naturelles qui a conduit les décideurs à réorienter la politique énergétique. En effet, si la querelle sur l’atteinte ou non du pic pétrolier continue à alimenter les discussions, le fait est que l’avenir énegétique sera toujours moins fossile ; il devra devenir plus efficace et plus sûr. C’est pour tenir compte de ces évolutions globales que le Conseil fédéral, en mars 2011, a opté pour une sortie progressive de l’énergie nucléaire en misant surtout sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Dans un article de l’Argauer Zeitung du 26 mai dernier, la conseillère fédérale en charge du dossier, Mme Doris Leuthard, a rappelé que « les énergies fossiles sont limitées et nuisent au climat ».

« Pourtant, nous n’avons jamais consommé autant de pétrole… Le prix du pétrole augmente… Une utilisation efficace des ressources est plus que jamais d’actualité « a-t-elle affirmé. Pour l’heure le Conseil fédéral et le Parlement se sont concentrés sur le volet électricité de la politique énergétique. Il faudra bien y ajouter le volet fossile. Certes, les objectifs fixés dans le cadre de la politique climatique sont réaffirmés, mais on ne voit guère se dégager pour l’instant une véritable stratégie de sortie de la dépendance pétrolière ! édito La politique énergétique suisse à la croisée des chemins.

En 2010, la Suisse dépendait pour presque 70% des énergies fossiles et de l’étranger ! Dans le détail, la composition des agents énergétiques se présentait ainsi : combustibles pétroliers 21,9%, carburants 32,3%, gaz 12,7%, électricité 23,6% et autres 9,5%. En se focalisant sur la sortie du nucléaire exclusivement, on ne parle donc que des besoins en électricité ! En 2011, les parts respectives de la production totale d’électricité ont été de 53,7% pour les centrales hydrauliques, de 40,7% pour les centrales nucléaires et de 5,6% pour les centrales thermiques conventionnelles et autres dont 2% pour les nouvelles énergies renouvelables. La Suisse peut-elle couvrir à l’avenir ses besoins en électricité sans centrales nucléaires ? Le Conseil fédéral, s’appuyant sur ses experts de l’office fédéral de l’énergie y répond par l’affirmative. « Cependant, la transformation du système énergétique demande du temps, des efforts importants et un changement d’optique. De plus, le prix de l’électricité augmentera. ». Dans sa fiche d’information du 18 avril dernier, le gouvernement fédéral joue carte sur table.

« Afin d’atteindre les objectifs de la stratégie énergétique avec la nouvelle politique, le système énergétique de la Suisse doit être transformé dans sa totalité d’ici 2050. Et malgré les mesures proposées dans un premier paquet, les objectifs peuvent être atteints d’ici 2050 à hauteur de 55% pour la consommation finale d’énergie et à hauteur de 53% pour la consommation d’électricité. Pour le reste, il faudra bien miser sur des percées technologiques ou sur une collaboration internationale approfondie si l’on ne souhaite pas mettre en cause le modèle de développement économique ! Si le nouveau scénario énergétique a été ébauché, ses conséquences économiques n’ont pas encore été totalement esquissées. Ce travail reste à faire. Il concerne l’évolution probable des prix de l’énergie, les conséquences de l’ouverture des marchés de l’électricité, le financement des nouvelles mesures, la taxe sur l’énergie, les relations avec l’Union Européenne et le rôle des pouvoirs publics dans la gestion des grands groupes de production d’électricité pour ne citer que quelques points d’importance.

Les coûts, les répercussions économiques et les possibilités de financement de la nouvelle politique énergétique doivent être précisés sans tarder afin de connaître l’ensemble des enjeux. Il ne suffit plus d’affirmer que «la sortie progressive du nucléaire est réalisable et que ses conséquences économiques seront limitées» !

Chambre France Suisse pour le Commerce et l’Industrie
Tél : +41 (0) 22 849 05 70
Fax :  +41 (0) 22 735 01 33
www.cfsci.ch
info(@)cfsci.ch