Japon

«La hausse de la TVA est le mauvais remède pour le Japon»

L’économiste Richard Katz s’engage contre la hausse de la TVA au Japon, entérinée à la Diète fin juin. Il était l’invité du Tokyo Investor Club, pour une conférence proposée par la CCIFJ et par France Japon Eco.

L’économiste Richard Katz s’engage contre la hausse de la TVA, entérinée à la Diète fin juin.

Il était l’invité du Tokyo Investor Club, pour une conférence proposée par la CCIFJ et par France Japon Eco. « Toshihiko Noda est un fétichiste de la TVA » : c’est par l’humour que Richard Katz a débuté son exposé sur la politique économique du gouvernement japonais actuel.

Quelques jours avant la venue au Japon de l’économiste, la Diète avait adopté le doublement de la taxe à la consommation au terme d’un douloureux et lent processus. Sa conférence à la Chambre de Commerce Française au Japon sur ce sujet était donc on ne peut plus attendue.

Ses propos ont pris un air de recadrage tant il est allé contre l’opinion générale au Japon, pour qui la hausse de la TVA est indispensable. « Les hommes politiques prétendent que le Japon pourrait se retrouver dans la situation de la Grèce. Mais c’est absurde. Les pays en crise aujourd’hui cumulent une dette publique élevée et un déficit de leur balance des paiements courants. Dans le cas du Japon, ledit déficit n’aura probablement pas lieu avant au moins dix ans. Et quand bien même il tomberait en déficit, le Japon peut encore compter sur un énorme matelas d’actifs étrangers qui représentent 60% de son PIB. La situation du Japon est comparable à celle de l’Allemagne et de la Belgique. A-t-on jamais entendu parler d’une crise de la Belgique ? », martèle-t-il. Pour lui, le raisonnement du ministère des Finances (MoF) derrière ce « fétichisme de la taxe sur la consommation » est absurde : « Le MoF nous explique que les consommateurs ont peur de dépenser parce qu’ils sont inquiets sur l’état des finances publiques du pays. Mais les ménages ne dépensent pas parce que leurs revenus n’augmentent pas. Et il est idiot de leur enjoindre de dépenser tout en leur ôtant des poches ce qui leur reste avec une taxe sur la consommation plus élevée », explique-t-il.

L’attention portée à la taxe à la consommation empêche le Japon de s’atteler à d’autres problèmes bien plus urgents. « Le Premier ministre n’a pratiquement jamais parlé de la question de l’énergie. Seuls deux réacteurs ont redémarré pour l’instant, et l’été prochain, au mieux seuls deux autres auront redémarré. C’est pourtant un problème terrible pour le pays », avertit-il. Pire : dans son obsession à faire adopter la taxe à la consommation, Yoshihiko Noda a mis en péril d’autres chantiers, comme les accords de libre-échange avec les États-Unis et l’Union Européenne.

Pour Richard Katz, il existe beaucoup d’autres réservoirs fiscaux dans lesquels l’État peut puiser : la rationalisation de la collecte de l’impôt par exemple. « Le Japon est la seule économie moderne qui ne s’est pas encore dotée d’un appareil d’identification fiscale », relève-t-il. Les rentrées d’impôts sont notoirement déficientes au Japon. Les deux tiers des entreprises ne paient pas d’impôts. Selon le ministère des Finances, rationaliser la collecte permettrait de récupérer autant de recettes... que la hausse de la TVA actuellement envisagée. La modification de la fiscalité sur l’immobilier, en particulier la qualification abusive de terres comme « agraires », pour des raisons électoralistes, créeraient également de nouvelles recettes fiscales.

Cette aporie économique a une cause initiale : « l’état de débilité profonde dans lequel se trouve le processus politique japonais. Un jeune et brillant député de mes amis du Kansai songe à quitter le Parti Démocrate du Japon pour rallier celui du populiste Toru Hashimoto. Si la politique est tellement désespérante, c’est un très mauvais signe », conclut-il.

Régis Arnaud

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