Algérie

« Contrairement à la Chine, la France investit et produit en Algérie »

M. Pinel, Président de la CCIFE Algérie (CCIAF), revient sur les raisons qui ont fait perdre à la France sa 1ère place de fournisseur de l’Algérie au profit de la Chine.

Créée en 2011 par des hommes d'affaires algériens et français, la Chambre de Commerce et d’Industrie Algéro-Française (CCIAF) a pour but de favoriser le développement des relations entre les entreprises françaises et les entreprises algériennes, en matière industrielle et commerciale pour les membres de l’association.  

Jean-Marie Pinel, Président de la CCIAF explique, dans cet entretien les raisons qui ont fait perdre à la France sa première place de fournisseur de l’Algérie au profit de la Chine.

La France a perdu sa place de premier fournisseur de l’Algérie au profit de la Chine durant les neuf premiers mois de l’année en cours. Comment l’expliquez-vous ?
Contrairement aux personnes qui la qualifient de contreperformance moi je la qualifierai, au risque de vous surprendre, d’une grande performance. Ces résultats montrent que la France ne fait pas que vendre à l’Algérie, mais qu’elle investit et fabrique en Algérie ce qui ne peut être que bénéfique pour les deux parties.
Il est vrai qu’en regardant les statistiques on constate que la Chine est le premier vendeur à l’Algérie mais il est loin d’être le premier investisseur et créateur d’emplois. Les investissements de l’Asie, dont fait partie la Chine, ont créé 3 500 emplois en Algérie, alors que l’Union-Européenne a créé 40 000 emplois en Algérie, sachant que la France représente 75 % des investissements de l’UE.
Donc je ne pense pas qu’il faudrait parler de ralentissement mais au contraire parler d’une volonté de la France d’investir encore plus en Algérie. En matière d’investissements les chinois n’apportent pratiquement rien, ils travaillent exclusivement dans le bâtiment alors que la France est bien implantée dans des secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire et la santé.

Cette situation est-elle conjoncturelle ou structurelle ?
Les ventes de la Chine vers l’Algérie resteront, à mon avis, bien supérieures à celle de la France. Mais comme je l’ai déjà expliqué la France est plus présente en Algérie, dans le sens où elle investit et produit plus que les Chinois. En s’implantant plus en Algérie, les entreprises françaises produiront plus, ce qui fera que les ventes de la France vers l’Algérie diminueront.

Les Chinois, les Espagnols, les Italiens et les Turcs s’adaptent mieux au marché algérien et pas les Français. Pourquoi ?
Je ne pense pas qu’il y ait un problème d’adaptation. Je dirais plus tôt que les Français choisissent de former et d’employer des Algériens. Si on reste dans l’exemple de la Chine, nous remarquons qu’il y a plus de Chinois sur leurs chantiers que d’Algériens. Pour les projets et investissements français, les choses sont différentes. Je vous donne l’exemple de la KPMG (groupe français d’audit, de conseil et d’expertise comptable) dont je suis président. Sur 130 employés, il n'y en a que deux qui sont Français, le reste ce sont des Algériens. Il y a une grande algérianisation des entreprises françaises car nous avons choisi le rapport qualité/prix. Nous estimons que les Algériens sont aussi performants voir plus qu’en Europe. Il y a, également, plusieurs entreprises françaises qui produisent ce qui n’est pas le cas de tous les investisseurs. Je vous citerai l’exemple de Sanofi, Renault, entre autres. C’est là une preuve tangible que les investisseurs français s’adaptent et répondent aux besoins du marché algérien.

Les entreprises françaises veulent à chaque fois obtenir des privilèges et des dérogations pour investir en Algérie. Pourquoi ?
Toute entreprise cherche à diminuer ses contraintes et à ce que je sache les Algériens sont bien capables de répondre aux demandes de ces entreprises.
Toute négociation est un rapport de force. Je trouve que c’est très saint car il s’agit d’un consensus.

Les groupes français boudent le secteur du BTP en Algérie. En dépit de l’appel du gouvernement, ils se montrent peu intéressés par la réalisation de logements. Pourquoi ?
Il s’agit d’une question de coût. Si on paye un ouvrier Français ou Algérien les coûts reviennent chers. Les soumissionnaires aux appels d’offres dans le secteur des BTP font des offres à des coûts très bas, que les entreprises françaises ne peuvent pas faire car elles n’utilisent pas des manœuvres auxquelles certains recourent. Les Chinois monopolisent le secteur des BTP en Algérie car ils ramènent de la main-d’œuvre chinoise qu’ils ne payent pas cher, il n'y a pratiquement aucun Algérien sur leurs chantiers. Les français préfèrent travailler avec les moyens algériens et le savoir-faire français.

Quels sont les obstacles qui font que les investisseurs et les groupes français s’éloignent de l’Algérie ?
Les marchés sont actuellement mondiaux, la problématique qui se pose donc, est : peut-on construire et exporter facilement à partir de l’Algérie. Je ne suis pas sûr que cela se fasse facilement car la structure économique de l’Algérie n’est pas adaptée. Les obstacles sont présents en Algérie comme en France et il y a un travail à faire des deux côtés.
Je vais soulever un autre point que je juge très important est qui est le tourisme. L’Algérie doit miser sur ce secteur, car les investisseurs sont réticents à l’idée d’investir dans un pays dont ils ignorent tout. Il est nécessaire de faciliter aux investisseurs de venir en Algérie. J’irai plus loin en disant que l’investisseur français devrait pouvoir venir à Alger comme il irait à Lyon ou une autre ville de Paris.
Je peux vous assurer néanmoins qu’il y a un réel intérêt des pouvoirs publics français qui sont conscients du potentiel qu’offre le marché algérien. Les autorités algériennes sont également en train de faire de grands efforts, pour améliorer le milieu des investissements en Algérie. La coopération algéro-française commence à se mettre en place, reste à la renforcer en faisant plus de promotion et c’est le rôle de la CCIAF, qui intensifie ses activités afin d’attirer plus d’investisseurs français en Algérie.

Des groupes français comme Michelin ont décidé de quitter l’Algérie, d’autres s’apprêtent à le faire comme Alcatel. Comment expliquez-vous cela ? Pourquoi ces groupes fuient l’Algérie ?
On ne peut pas parler de fuite. Mais il s’agit de contraintes du marché. Michelin n’a pas quitté que l’Algérie, mais elle a quitté 30 de ses sites, y compris des sites implantés en France. Il s’agit de petits sites qui sont les moins rentables. C’est dommage mais c’est la loi du marché. Pour Alcatel je ne connais pas encore les raisons de son éventuel départ. Ce qu’il faut savoir c’est qu’au moment où des entreprises françaises quittent l’Algérie, d’autre viennent s’y installer parallèlement. Contrairement à ce que pourraient penser certains, les hommes d’affaires français ne sont pas du tout frileux. Il n'y a pas de chef d’entreprise qui refuse de venir travailler là où il y a de l’argent. Il suffit juste de les informer et accompagner.

Un dernier mot…
Les relations algéro-françaises en matière d’investissement sont bonnes et elles seront meilleures à condition qu’il y ait plus de confiance et de volonté des deux côtés. Je lance un appel à travers votre média à tous les chefs d’entreprises français, à venir en Algérie car le marché algérien offre beaucoup d’opportunités qu’ils ne trouveront pas ailleurs et nous sommes là pour les accompagner et orienter.

Retranscription de l’interview du Président de la CCIAF sur le principal journal électronique d’information en Algérie TSA.

Contact Chambre de Commerce et d'Industrie Algéro-Française 
Réda EL BAKI - Directeur Général
cciaf(at)cciaf.org
Tél : +213 (0)21.74.72.77
URL : www.cciaf.org

 

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