Chine

Chine - Europe : la longue marche vers la réciprocité

Au delà des accusations croisées de concurrence déloyale et de protectionnisme aigu, se dessinent des solutions autour du concept central de réciprocité.

Au delà des accusations croisées de concurrence déloyale et de protectionnisme aigu se dessinent des solutions autour du concept central de réciprocité.

La crise économique actuelle en Europe accélère les modifications de fond que subissent les relations entre la Chine et l’UE. Fin octobre 2012 et face à la sévérité de la crise européenne, le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, portait un constat particulièrement amer en qualifiant de « naïve » l’approche « ultra libérale » d’ouverture économique de l’Europe vis-à-vis de la Chine. Dans la même veine, le président fran- çais François Hollande en visite début novembre 2012 au Laos pour le sommet Asem (dialogue Asie-Europe) n’a pas hésité à parler de « concurrence déloyale » en abordant la sous évaluation de certaines monnaies asiatique, en particulier le yuan chinois.

 

La surenchère guerrière ne sera pas viable 

Symptomatique également des tensions actuelles, l’ouverture par Bruxelles d’une enquête anti-subventions de grande envergure le 8 novembre 2012 visant les importations de panneaux solaires chinois a entraîné une riposte rapide de Pékin qui a fait de même pour ses importations de produits photovoltaïques depuis l’Europe. Si le passage d’une position « naïve » de l’UE à des relations plus équilibrées apparaît comme nécessaire, une surenchère « guerrière » d’enquêtes antidumping et de restrictions protectionnistes entre Bruxelles et Pékin ne pourra pas être une solution viable. En trois décennies d’ouverture économique, la Chine a tissé avec l’UE des liens d’interdépendance forts que le recentrage du modèle de croissance local autour des marchés intérieurs prônés par Pékin, processus de long terme, ne modifient pas fondamentalement. Pour preuve, la contraction de la demande dans l’UE, passée au 2ème rang des clients des produits « made in China » cette année après avoir été depuis des années le 1er, impacte négativement et de manière quasi mécanique la croissance chinoise aujourd’hui, même si les instance de Zhongnanhai préfèrent parler de « sain » le ralentissement de l’économie locale... « Notre rapport 2012-2013 sur le climat des affaires en Chine pour les entreprises européennes compile 600 recommandations faites aux autorités chinoises dont une bonne partie concerne des problèmes d’accès au marché local », explique Dirk Moens, secrétaire général de la Chambre de Commerce Européenne en Chine (EUCCC). « Comme le démontre clairement l’existence d’un catalogue des secteurs ouverts aux investissements direct étrangers en Chine (IDE), les autorités ne jouent pas pleinement le jeu d’une ouverture équitable. La baisse constatée des IDE européens n’est d’ailleurs pas uniquement liée à une absence de fonds chez nous mais également au manque d’ouverture du pays qui est devenu dissuasif dans un contexte de renchérissement des coûts de productions locaux (hausse des salaires, etc.). Il faut donc faire comprendre à la Chine, avec la diplomatie nécessaire, que la mise en place d’une réciprocité réelle dans ses relations avec l’UE est avant tout dans son intérêt pour passer d’une économie manufacturière à un modèle plus innovant et à plus forte valeur ajoutée comme elle le souhaite. ».

Eviter le scénario « perdant-perdant »

En miroir de ces efforts à faire de la part de Pékin, il est également important de travailler à donner dans l’UE une image plus positive de la Chine qui passe souvent pour responsable de maux économiques générés en fait localement. Un déficit d’image qui risque aussi de rendre rapidement les investissements chinois en Europe impopulaires alors que la zone a besoin de ces apports de capitaux pour relancer son économie et que Pékin souhaite investir ses excédents commerciaux dans des zones plus stables financièrement et technologiquement plus avancées que l’Asie. Il est donc urgent pour l’UE et la Chine de se lancer sur le chemin de la réciprocité afin d’éviter ce scénario « perdant-perdant », d’autant que malgré les difficultés, 95% des entreprises européennes interrogées dans le rapport de l’EUCCC estiment que la Chine reste un marché très prometteur ! 

Nicolas Sridi, Extrait du magazine "Connexions" de la CCI Française en Chine

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