Corée du Sud

Accord UE-Corée du Sud : un appel d'air pour l'Europe ?

L'Union européenne a conclu avec la Corée du Sud le 6 octobre 2010 le plus important accord de libre échange jamais conclu avec un pays tiers. Avec un volume d'échanges de près de 80 milliards d'euros l'an dernier, la Corée du Sud est devenue le huitième partenaire commercial pour l'Union européenne.

Tribune de Philippe Li, avocat, et Président de la Chambre de commerce et d'industrie franco-coréenne

L'Union européenne a conclu avec la Corée du Sud le 6 octobre le plus important accord de libre échange jamais conclu avec un pays tiers. Avec un volume d'échanges de près de 80 milliards d'euros l'an dernier, la Corée du Sud est devenue le huitième partenaire commercial pour l'Union européenne devant le Brésil, l'Inde ou le Canada. L'Union européenne est également la deuxième destination des exportations coréennes après la Chine.

Deux ans de négociations et une année de vérifications techniques ont été nécessaires pour mettre en place cet accord ambitieux, qui prévoit la suppression de droits de douane pour près de 99 % des produits échangés dans un délai de cinq ans, ainsi que la disparition de nombreuses barrières non tarifaires.

On pourrait penser que dans le contexte de la crise grecque et des turbulences financières ambiantes, le moment n'était pas le mieux choisi pour ouvrir le marché européen à un pays qui multiplie les succès, notamment dans les domaines nucléaire, automobile ou de l'électronique.

Il faut quand même rappeler que depuis l'échec des négociations de Doha, les accords de libre échange constituent le seul moyen pour les Etats de stimuler le commerce bilatéral. Le principe de la réciprocité est également une base fondamentale de ces accords. Si l'Union européenne ouvre son marché à la Corée, cette dernière est tenue de faire de même. En outre, la Corée du Sud ayant d'ores et déjà conclu un accord similaire avec les Etats-Unis, l'Union européenne ne pouvait se permettre de laisser l'Amérique prendre un avantage concurrentiel décisif. Elle devance du coup les Etats-Unis, puisque l'accord américain est encore bloqué devant le Congrès.

Parallèllement, depuis le traité de Lisbonne et l'initiative Global Europe, l'Union européenne entend également densifier ses relations commerciales avec l'Asie. Elle mène actuellement des négociations pour des accords similaires avec l'Inde, Singapour, le Vietnam et la Malaysie.

Vu de Séoul, cet accord ne semble comporter que des avantages. La Corée a compris que le meilleur moyen de protéger son marché consistait avant tout à conquérir celui des autres. Elle ambitionne de conclure pas moins de 45 accords de libre échange, s'appuyant sur l'exemple de celui conclu avec le Chili en 2004, premier du genre, qui lui a permis de quintupler le volume des échanges.

La Corée du Sud et d'autres pays asiatiques, qui ont semblé pendant longtemps obnubilés par la seule protection de leurs marchés, visent aujourd'hui à tirer pleinement parti des vertus de la mondialisation. Les fusions acquisitions réalisées par des groupes asiatiques ont atteint 197 Milliards de dollars en 2008. Ce chiffre devrait être très largement dépassé cette année.

Pour convaincre le grand public qui conserve des réflexes protectionnistes du bien fondé de ces accords, les autorités coréennes s'efforcent également d'être pédagogues. Elles mettent l'accent sur le fait que les consommateurs coréens auront à disposition une offre élargie et que les prix des produits importés devraient baisser.

Vu d'Europe, on semble moins optimiste. L'accord s'est heurté à des objections sérieuses de la part des lobbys de l'automobile. En effet, les avancées de l'industrie automobile corénne dans le monde et en Europe ont de quoi préoccuper. En 2008, la Corée du Sud a exporté pour plus de 5 milliards d'euros d'automobiles en Europe. Il convient néanmoins de préciser que les automobiles de marque coréenne que l'on trouve en Europe sont très largement produites en République Tchèque et en Slovénie. Dans le même temps, l'industrie automobile européenne, notamment allemande, a également fait des progrès notables en Corée. La part de marché des véhicules importés sur le territoire coréen est actuellement de 8 % et devrait doubler d'ici dix années. L'accord de libre échange devrait également permettre aux constructeurs européens de s'affranchir d'un certain nombre d'homologations qui freinaient jusque-là leur pénétration sur le marché.

D'ailleurs, rien n'oblige les Européens, aux termes de l'accord et au-delà, à ne pas se montrer plus offensifs. L'Europe peut y trouver l'opportunité de résorber certains handicaps dont elle pâtit en Asie. Beaucoup d'Asiatiques et de Coréens ont encore une vision surannée de l'Europe qu'ils considèrent très largement à travers le prisme touristique. Les élites asiatiques vont se former aux Etats-Unis plutôt qu'en Europe, le rôle militaire et stratégique prépondérant joué par l'Amérique dans la zone jouant pour beaucoup.

La visite que fera Nicolas Sarkozy à Séoul au mois de novembre à l'occasion du G20 est la première d'un chef d'Etat français depuis dix ans. Pour être plus influente dans cette partie du monde, l'Europe doit s'y montrer plus assidue, et pas seulement en Chine.

Enfin, alors que l'on annonce que la croissance économique asiatique devrait avoisiner 8 % cette année, le FMI prévoit que le PNB de cette zone devrait dépasser celui des sept plus grandes puissances en 2030. En étant plus présente en Asie, l'Europe doit bénéficier pleinement de cette aspiration.

Ce constat ne doit pas conduire a ignorer une autre réalité de l'Asie encore assez largement méconnue. L'Asie n'est plus seulement un continent qui croit grâce à de faibles coûts de main d'oeuvre. En effet, c'est également de l'Asie que vient aujourd'hui l'innovation. Le Japon et la Corée du Sud sont les premier et quatrième pays investisseurs dans la R&D dans le monde au regard de leur PIB. Par ailleurs, trois pays asiatiques – le Japon, la Chine et la Corée du Sud – figuraient l'an dernier parmi les cinq premiers au palmarès des brevets déposés auprès de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Cette donne ouvre de nouvelles perspectives d'échanges et de coopérations pour les entreprises européennes. Elle constitue également une raison supplémentaire pour l'Europe de chercher à se ressourcer en Asie et à y trouver l'inspiration.

Source : Le Monde, 13 octobre 2010

 

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