L’évolution de la place des femmes dans le management en Corée

Il n’y a pas si longtemps, très peu de femmes atteignaient le niveau de cadre dans les entreprises, mais la situation évolue peu à peu. En Corée, le taux de participation des femmes à la population active a augmenté de 46% en 1980 à 58 % en 2016, ce qui reste le plus faible taux parmi l’OCDE.

Par Philippe Tirault, directeur général de DHR International Korea Limited. Avec plus de 25 ans d’expérience dans le secteur du recrutement de cadres, Philippe Tirault est directeur associé pour la Corée au sein de DHR International. Il a commencé sa carrière dans ce domaine en fondant sa propre entreprise de recrutement en 1987, qui s’est développée dans 7 pays du continent asiatique. 

Traditionnellement, les femmes coréennes restaient au foyer après leur mariage pour s’occuper des enfants. Ainsi, jusqu’à la fin des années 80, une femme qui se mariait quittait quasi automatiquement son travail. Le PDG d’une banque franco-coréenne en a fait l’expérience. Il assiste au mariage de son assistante et comprend qu’elle part en voyage de noce. S’inquiétant après 2 semaines de ne pas la voir revenir, il commence à poser des questions et découvre, à sa grande surprise, que dans la joint-venture, les femmes ne sont pas autorisées à travailler après leur mariage. Après bien des discussions, il finit par faire revenir son assistante sous un contrat avec la banque française et non plus pour la joint-venture.

La situation commence à évoluer dans les années 90 où il devient admissible mais toujours mal vu pour les femmes de travailler après le démarrage d’une vie de famille. L’augmentation du niveau de vie mais aussi du coût de la vie rendait un deuxième salaire plus attractif que les stigmates attachés à une mère de famille qui travaille. Malgré leur plus grand nombre à entrer dans le monde du travail, les femmes subissaient toujours des discriminations pour gravir les échelons et atteindre des postes de management. Il m’a fallu attendre 1992 pour pouvoir recruter la 1ère femme manager (« Bujang »), au poste de Responsable des Produits chez Johnson&Johnson en l’occurrence, malgré les résistances exercées par les ressources humaines et les cadres coréens, tous masculins.

La crise asiatique de 97 a été dans de nombreux domaines un catalyseur pour enclencher de véritables changements dont les femmes ont pu bénéficier. Elles commencent à accéder aux postes de cadre. Si les avancées sont modestes dans les entreprises coréennes, les sociétés étrangères n’hésitent plus à confier des responsabilités importantes aux femmes. Beaucoup d’entre elles contrôlent la finance, le marketing, ou encore le département légal. Les rôles dans la direction générale et dans les ventes restent néanmoins masculins.

Le phénomène s’accélère dans la décennie suivante où la promotion de femmes à de nouveaux rôles de management devient beaucoup plus courante. Si le phénomène touche bien sûr les sociétés étrangères, certains chaebols offrent désormais plus de postes aux femmes. L’entreprise Kia nomme la première femme au niveau de la direction en tant que CMO (directrice générale du marketing) en 2010 ; elle est ensuite promue au rang de vice-présidente senior en 2012 !

A partir de 2010, les rôles de PDG confiés aux femmes se multiplient. Danone, P&G, Home Plus, Bureau Veritas, USG Boral (anciennement Lafarge Plasterboard) – pour ne citer que quelques sociétés – choisissent tous des femmes pour gérer leurs activités en Corée. C’est particulièrement vrai dans les secteurs médicaux et pharmaceutiques où 34% des postes de PDG dans les sociétés étrangères en Corée sont occupés par la gente féminine. Un exemple intéressant est le cas d’USG Boral, créé à la suite d’acquisitions au lendemain de la crise asiatique. Lors de leur décision d’ouvrir le poste de direction générale, une femme s’est présentée parmi les candidats. Malgré un premier à priori négatif de la société peu habituée à l’idée d’une femme-dirigeante dans le domaine très masculin des matériaux de construction, cette candidate a finalement été sélectionnée. 4 ans plus tard, le chiffre d’affaires avait quasiment quintuplé et l’EBITDA avait gagné 12 points… Inutile de préciser que cette personne a été promue au siège et occupe désormais un poste important au sein du comité exécutif du groupe.

Malgré des évolutions certaines, les salaires des femmes sont toujours souvent inferieurs a ceux des hommes à compétence et expérience égales. L’écart des salaires en Corée est le plus important parmi les pays de l’OCDE ; les femmes y gagnent en moyenne 63% du salaire des hommes. Mais ce décalage disparait au niveau cadre et cadre dirigeant où les femmes sont rémunérées à la hauteur de leurs homologues masculins.

Pourtant, peu nombreuses sont celles qui y parviennent, et beaucoup renoncent à avoir un enfant (le pays enregistre le plus faible taux de natalité au monde avec 0,98 enfant par femme) . Selon une étude de l’OCDE en 2017, seulement 10,5% des managers sont des femmes, le plus faible taux parmi les pays de l’OCDE qui enregistre une moyenne de 31,2%. La proportion est encore plus faible au niveau des conseils d’administration où seuls 4% des directeurs sont des femmes ! Dans ce domaine, les sociétés d’assurance semblent être en avance : deux sociétés françaises de l’assurance comptent une femme au sein de leur conseil d’administration en Corée.

Bien sûr il reste encore un long chemin à parcourir. Mais les changements règlementaires actuels et les évolutions de la structure sociale contemporaine pourraient permettre enfin plus d’égalité entre hommes et femmes en termes d’opportunités professionnelles.

Contact

CCIF Corée du Sud
Oriane LEMAIRE
Manager Communication
Tel : (+82) 2 553 2838
o.lemaire(@)fkcci.com
www.fkcci.com

 

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